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Littérature>>> Des femmes dans l'histoire
LETTRES DE LA PRINCESSE ZELMAÎDE AU PRINCE ALAMIR, SON EPOUX, 1765, et LETTRE DE MADAME LA MARQUISE D'ARTIGUES A SA SOEUR, 1785

Marie-Jeanne Riccoboni
préface de Marijn S. KAPLAN

ISBN é-35260-050-2
54 pages
15,00 €

PRÉFACE

 DEUX CONTES DE MADAME RICCOBONI

 Marie-Jeanne Riccoboni (1713-1792) est connue de nos jours surtout comme romancière. Bien que depuis 2005, tous ses romans existent en édition moderne,1 il n'en va pas de même pour ses contes. Nous en présentons deux ici, séparés par un décalage de publication de vingt ans, mais liés par une thématique commune, à savoir celle du mariage, et plus particulièrement la perspective féminine du mariage : Lettres de la princesse Zelmaïde au prince Alamir, son époux, publiées en 1765 et Lettre de madame la marquise d"Artigues à sa sœur,  publiée en 1785.

Malgré son expérience personnelle très négative du mariage, ayant d’abord été victime du mariage annulé de ses parents à cause de la bigamie de son père (en 1719), et souffrant ensuite beaucoup dans son propre mariage avec Antoine François Riccoboni (à partir de 1734 jusqu’à la mort de celui-ci en 1772), Mme Riccoboni inclut pourtant l’union de façon systématique dans ses textes. Très souvent, c’est le mariage qui conclut le récit et le lecteur quitte les protagonistes soit sur le point de se marier soit peu après leur mariage. Il s’agit toujours d’un mariage volontaire  de la part de l’héroïne (Ernestine, Adélaïde de Sancerre, Sophie de Vallière, Juliette Catesby etc.) et l’on peut croire que l’union sera heureuse, mais dans les textes de Mme Riccoboni, le lecteur n’en voit jamais la preuve à long terme.

Contrairement aux récits qui se terminent par le mariage, les contes présentés ici nous font entrevoir deux scénarios très divergents d’héroïnes riccoboniennes ayant survécu et dépassé le dénouement habituel du mariage. Dans le cas des Lettres de la princesse Zelmaïde au prince Alamir, son époux, il s’agit d’une jeune princesse arabe qui se plaint de l’absence de son mari, parti en guerre. Ce conte oriental dépeint un mariage heureux mais où la femme, abandonnée par son mari à la recherche de la gloire militaire, devient victime des aspirations masculines considérées supérieures à l’amour. Néanmoins le rapport entre les deux époux, vu surtout dans la perspective féminine, est plein d’amour, comme le montrent les nombreuses références aux sentiments et aux sens.

Le contexte oriental du conte illustre l’intérêt du XVIIIe siècle pour l’Orient ; déjà en 1721 Montesquieu a publié ses Lettres persanes. Pour Mme Riccoboni ce contexte n’est pas typique et ne va pas vraiment au delà de l’usage des noms arabes des personnages. Comme on le sait, elle est sensible surtout à l’anglomanie de l’époque et, bien que n’ayant jamais visité l’Angleterre, crée plusieurs personnages anglais (Fanni Butlerd, Juliette Catesby, Milord Rivers, etc.). Pourtant, c’est peut-être le contexte arabe, lointain et exotique, qui lui permet d’introduire plusieurs nouveautés dans son œuvre : la sensualité et même la sexualité, ainsi que l’interruption du récit et des lettres d’amour échangées par des époux.

En revanche, l’amour ne joue aucun rôle dans le mariage entre Honorine de Verseil et le comte de Cézane, décrit par la marquise d’Artigues dans la Lettre de madame la marquise d’Artigues à sa sœur. Leur union repose plutôt sur le désir d’Honorine de garder son argent et son indépendance et il est probable que ce mariage n’ait jamais été consommé. L’auteure semble même renforcer la distance entre les époux au niveau de la narration : tandis que Zelmaïde écrit directement à son époux aimé (qui lui répond dans une lettre non reproduite), le récit du mariage entre Honorine de Verseil et le comte de Cézane est sujet à de multiples médiations. Composé à la troisième personne, il est inséré dans une lettre de la marquise d’Artigues, écrite à sa sœur, et même destiné à une troisième personne.

Dans ce conte, à travers une réécriture du contrat de mariage par la femme, le mariage devient « une  féminotopie », une utopie de « mondes idéaux d’autonomie, de pouvoir et de plaisir féminins » dont l’homme est la victime. Ce texte, publié vingt ans après les Lettres de la princesse Zelmaïde au prince Alamir, son époux, se trouve parmi les derniers de Mme Riccoboni et pourrait être interprété ainsi comme l’un des commentaires finals de l’auteure sur le mariage et son influence positive sur la femme, dans un contexte utopique.

LETTRES DE LA PRINCESSE ZELMAÎDE AU PRINCE ALAMIR, SON EPOUX, 1765, et  LETTRE DE MADAME LA MARQUISE D'ARTIGUES A SA SOEUR, 1785
                
 

Indigo et Côté-femmes éditions
55 rue des Petites Ecuries 75010 Paris

Réalisation
Philippe Menestret et UMAZUMA