Claude Feuillet n'en finit pas d'observer, regarder, scruter, les moindres recoins de la forêt amazonienne. Vingt ans qu'il l'implore, l'explore, la conjure. Pour toucher l'effervescence d'un monde. Pour le fixer, laisser sa trace aussi. Témoigner. Nicaragua, Colombie, Amazonie, Cordillère des Andes, n'ont donc plus de secrets pour celui qui les harcelle de son pinceau jusqu'au?boutiste plus sondeur qu'un scalpel. Jusqu'alors, son univers était végétal. Rien que la nature, où tout fourmille et s'entremêle. Les arbres, les feuilles, l'eau. Mais le paradis mythique des indiens Letuamas hante l'artiste. Cet univers originel, primordial, libre, exalté. Ce paradis d'avant la chute, où l'homme et l'animal se métamorphosent et s'unissent, et que seul l'esprit du chaman peut rejoindre dans la transe. Inspiré par les textes de Milagros Palma, Feuillet tente de projeter cette communion idéale, hors du Temps et de l'Histoire, dans son oeuvre d'huile et de bronze. Toujours luxuriantes, énigmatiques, ses toiles accueillent désormais Tigres et Anacondas du bestiaire sacré amazonien. Mais le peintre et sculpteur s'attache surtout à la belle Danta, le Tapir fait femme. Tellement sensuelle et lascive mais si naïve et innocente. Il zoom sur ses rondeurs, épie son corps abandonné au sommeil sur le sable chaud, guette ses seins lourds derrière les daturas. L'indolente Danta ne se doute de rien. Comme l'homme?jaguar de la légende, l'artiste la caresse subrepticement de ses mains éblouies, alors qu'elle plie, danse et s'étire. Le végétal et l'animal s'épousent, fluides, ondulants. L'huile se poudre, précieuse, tactile. L'oeuvre suggestive de Claude Feuillet dérègle un peu les sens. Et c'est d'autant plus rare qu’elle réinvente les Commencements.
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