Le corpus de cette thèse est constitué par des romans brésiliens écrits entre la moitié du XIXe siècle et le déclenchement de la Première guerre mondiale, ayant pour thème le monde rural du Sud-est brésilien. Le choix des textes s\\\\\\\\\\\\\\\'est imposé par la constatation d\\\\\\\\\\\\\\\"une répartition par genre, le roman s’occupant de la grande propriété esclavagiste, la fazenda, avec exclusion des sítios, roças, chácaras, avec leur population de petits propriétaires et travailleurs métayers, les hommes libres et pauvres, étudiés dans cette même région par Maria Sylvia de Carvalho Franco. Ces petites propriétés rurales, ainsi que les bairros caipiras étudiés par Antonio Candido, soit les agglomérations autour desquelles se regroupaient leurs petits propriétaires, n’occupent le foyer des narrations que dans des contes ou nouvelles courtes.
En associant le genre romanesque à la thématique fictionnelle des fazendas de café esclavagistes, l’aire géographique et une période bien précise de l’histoire brésilienne se sont délimitées d’elles mêmes. Partant des alentours de Rio de Janeiro, le café trouve sa grande aire d’expansion dans la vallée du Paraïba do Sul, dans une marche vers l’Ouest qui l’occupe, l’exploite et l’épuise en moins de cent ans. Son développement s’accélère vers la moitié du siècle, et l’association de ce lieu, de la décennie 1850 et de l’arrêt du trafic négrier depuis l’Afrique, avec l’apogée à la fois du règne de D. Pedro II et du romantisme national, va former la trame des trois romans analysés ici, lesquels présentent une intéressante évolution de leur commune partition binaire des occupants de la fazenda, organisés en constellations autour du maître et des esclaves. Reflétés dans une nature qui évolue de l’exubérance de la forêt vierge à une totale désolation, ces personnages montrent une constante instabilité, chargés qu’ils sont de condenser une histoire d’ascension et chute vertigineuses. Dans O tronco do ipê (1871), José de Alencar récapitule en trois générations l’enrichissement des fazendeiros, suivie de leur anéantissement, qui se reflète d’une manière étonnante dans la disparition de cette vallée de la mémoire nationale. Dans A escrava Isaura (1875), Bernardo Guimarães crée l’icône la plus célèbre de la lutte pour l’abolition de l’esclavage au Brésil, avec son esclave blanche qui s’avère bien plus complexe une fois analysée dans ce contexte précis. Coelho Neto crée avec Rei Negro (1914) dans un roman empreint de toutes les tendances qui se croisent dans le « Pré-modernisme » brésilien, un héros entre romantique et parnassien, figure olympique et pleinement noire, toutes des caractéristiques associées pour la première fois dans un roman brésilien.
L’importance littéraire, ainsi que l’éclairage apporté par ces trois romans à la littérature brésilienne, se montrent ainsi pour la première fois à travers leur réunion autour d’un noyau historique et d’une problématique sociale.
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