Rubens, chat tigré, au maintien et à l\'intelligence prodigieuse, l\'est pas un chat ordinaire. L\'auteur qui lui dédie ce livre, parle à la première personne et se met en scène dans son métier de peintre. On le voit apparaître dans les images.«Rubens adore mes deux poissons rouges, Bing et Bang. Ils jouent tous les trois. Lorsque Bing saute du bocal, Rubens le pince délicatement entre ses crocs et le plonge dans l\'eau. Quand il pose sa patte sur le rebord du bocal, le jeu est terminé. Ils se comprennent. Rubens les nourrit. Quant à l\'eau, je m\'en charge, et pendant que je nettoie le bocal, les poissons patouillent dans le lavabo et je demande à Rubens de les surveiller car si Bing et Bang s\'aventuraient à sauter, ils se tueraient sur le carrelage. Aussi, quand dans mes tableaux, on voit un chat près d\'un lavabo où se baigne un poisson rouge, rien à craindre. C\'est Rubens qui veille. »
EXTRAIT. Il est apparu dans ma vie un mardi matin. Un de ces matins ensoleillé du mois de mai où il fait bon vivre à Paris, où tout s\'annonce radieux. 8h20. J\'ouvrais ma porte espérant, pour combler ce bonheur, trouver un vélib à la borne de la rue du Retrait pour aller à la galerie, lorsque je vis que sur mon paillasson se tenait assis un chat… avec ces yeux de chat, vifs et pénétrants. Ce genre de regard qui me déplaît le matin. J\'étais en short et comme il trônait là, au milieu du passage, je m\'y suis pris à deux fois pour poser le pied, puis l\'autre, sur le palier tout en claquant la porte, veillant à ce qu’il ne se faufile pas entre mes jambes. Peine perdue, il n’a pas bougé, si ce n’est la tête qui a pivoté, suivant ma course. Je n’étais pas rassuré lorsque je suis passé à ses côtés, je me suis raidi, crainte à mettre sur le compte des dessins de Reiser où ses chats espiègles et teigneux me semblent plus vrais que nature. Du moins, c’est cette image du chat que j’ai faite mienne. Alors quand je croise de près un mistigri, je me méfie. De retour à Villa l’Ermitage, en début d’après-midi, le chat m’était sorti de la tête. C’est en m’attaquant aux marches du 2e étage que j’ai aperçu deux oreilles. Mon pas s’est brusquement alourdi, ma main s’est posée sur la rambarde, j’ai marqué un temps d’arrêt. - Merde, il est toujours là !... Je me tenais sur mes gardes en approchant de la porte, glissant la clef dans la serrure. Il ne bougeait toujours pas. Seule sa tête a fait un mouvement giratoire lorsque je l’esquivais sur la droite. En refermant la porte sans un mot, j’ai coupé net son regard diabolique. - Bizarre ce chat, me suis-je dit, et, j’ai vaqué comme à mon habitude à la préparation de mon déjeuner. Une tomate, un avocat, des olives à la grecque et des dés de féta. Ma salade quotidienne saupoudrée de sel, de poivre, de curcumin, d’un filet d’huile d’olive bio et du vinaigre balsamique de Modène. Le verre de vin rouge, sans oublier la baguette tradition achetée rue Ménilmontant. C’est la diète qui me permet de garder la ligne et, par chance, une diète bon marché. Pour le curcumin, David Servan-Schreiber, le fameux diététicien play-boy, le recommande, c’est un condiment magique. Et c’est bon de s’offrir de la magie en salade. J’étais à peine attablé que ce satané chat assis devant la porte est venu m’agacer les méninges. Je bougonnais d’être en permanence distrait par des tracasseries qui sapaient mes efforts pour l’ébauche du tableau qui ferait date… A croire qu’il y avait des forces occultes, payées par je ne sais qui - même si j’ai des idées sur la question - pour me mettre des bâtons dans les roues et empêcher cette oeuvre en gestation. Je suis coriace, et même s’il y a un brin de paranoïa chez moi, je n’en démords pas, ce chat n’est pas là par hasard…
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